Coussinets de bielle : bimétal, trimétal, ergot et idées reçues
On entend régulièrement de nombreux avis contradictoires au sujet des coussinets de bielle :
« Les coussinets sans ergot, ça tourne dans les bielles… »
« Moi j’ai monté du trimétallique, le bimétallique ça ne vaut rien. »
« Je peux remonter mes anciens coussinets, ça ne pose pas de problème. »
Mais avant de répondre à ces idées reçues, il faut d’abord comprendre ce qu’est réellement
un coussinet, comment il est fabriqué, comment il travaille, et surtout comment il tient
dans son logement.
Un coussinet de bielle, c’est quoi ?
Un coussinet est une pièce destinée à réduire les frottements afin d’éviter l’usure ou le grippage
d’un palier ou d’un ensemble tournant. Il existe différents types de coussinets, comme les bagues,
les paliers ou encore les coussinets de bielle et de vilebrequin utilisés dans les moteurs automobiles.
Dans l’automobile, on rencontre principalement plusieurs familles de coussinets :
- les coussinets bimétalliques ;
- les coussinets trimétalliques ;
- les coussinets de type Sputter, réservés aux très fortes charges.
Ces différentes conceptions ne répondent pas toutes aux mêmes contraintes. Le choix d’un coussinet
dépend donc du moteur, de son usage, de sa charge, de sa température de fonctionnement et du niveau
de préparation.
Les coussinets bimétalliques
Les coussinets bimétalliques sont très courants dans l’automobile. Ils sont généralement constitués
d’un support en acier et d’une couche antifriction, souvent de type étain-aluminium.
On parle de coussinet à deux couches. Ces couches peuvent être réalisées par colaminage, c’est-à-dire
par assemblage sous pression de deux matériaux afin de créer une liaison métallurgique entre eux.


Les coussinets trimétalliques
Le coussinet trimétallique possède une conception différente. Il est constitué de trois couches,
avec notamment un revêtement électrolytique qui donne souvent au coussinet un aspect blanc laiteux.
Ce revêtement peut mesurer environ 10 à 30 µm selon les applications. Le coussinet trimétallique
peut être fabriqué par moulage ou par frittage selon les procédés industriels utilisés.


Composition des différents types de coussinets
Voici une représentation en coupe des différents types de coussinets.

Source : Avaries en lubrification, Jean-Louis Ligier, Éditions Technip.
Les trois critères principaux d’un coussinet
Le choix d’un coussinet repose principalement sur trois critères :
- la résistance à la charge ;
- la résistance à la température ;
- la résistance au grippage.
Un coussinet reste toujours un compromis. Il est impossible d’obtenir le meilleur niveau possible
dans tous les domaines à la fois. Selon l’utilisation du moteur, on privilégiera donc certaines
caractéristiques plutôt que d’autres.
Comparaison entre coussinet bimétallique SAE 783 et trimétallique SAE 794
Comparons par exemple un coussinet bimétallique de type SAE 783 avec un coussinet
trimétallique de type SAE 794.

Voici quelques appellations utilisées par certains fabricants pour désigner le matériau
SAE 783 :
- ISO AlSn20Cu ;
- Glacier AS 15 ;
- Clevite CL 157 ;
- Federal-Mogul TR-20 ;
- ACL F820 ;
- Daido A20.

Voici quelques appellations utilisées par certains fabricants pour désigner le matériau
SAE 794 :
- ISO CuPb24Sn4 ;
- Glacier SP ;
- Clevite F250 ;
- Federal-Mogul HF16 ;
- ACL F250 ;
- Daido L23 ;
- Glyco 41.
À la lecture de ces caractéristiques, on comprend qu’un choix de coussinet doit se faire
en fonction de l’utilisation réelle du moteur.
Le trimétallique offre généralement une capacité de charge plus importante que le bimétallique,
tout en présentant une bonne résistance au grippage. Sa résistance à l’usure peut être légèrement
inférieure dans certaines conditions, mais ce critère est souvent moins déterminant sur un moteur
sportif ou préparé, généralement contrôlé ou démonté avant des kilométrages très élevés.
Le cas particulier des coussinets Sputter
Le coussinet Sputter est une évolution du coussinet trimétallique. Il reçoit un revêtement spécifique
déposé par pulvérisation cathodique.
Ce type de coussinet est réservé aux très fortes charges et reste peu disponible pour les moteurs
automobiles courants. Il est surtout utilisé lorsque les contraintes mécaniques dépassent largement
celles d’un moteur de série.

Un coussinet sans ergot, ça tourne : mythe ou réalité ?
On lit souvent sur les forums ou les groupes Facebook :
« Ces coussinets sans ergot ont tourné dans les bielles… »
Cette affirmation est très répandue, mais elle repose sur une mauvaise compréhension du rôle de l’ergot.
Comment tient réellement un coussinet dans une bielle ?

L’ouverture naturelle du coussinet fait qu’au montage, celui-ci se referme légèrement.
Cela lui permet de tenir provisoirement dans le chapeau ou dans la bielle pendant la manipulation.
Mais le rôle de la bielle et de son chapeau est primordial. Contrairement à une idée reçue,
l’ergot n’est pas chargé de retenir le coussinet dans la tête de bielle.
L’ergot sert principalement au positionnement radial du coussinet.
Ce n’est pas lui qui assure la tenue mécanique du coussinet en fonctionnement.
Comment le coussinet tient-il réellement dans son logement ?
Un coussinet de bielle est légèrement plus grand que le logement dans lequel il doit prendre place.
Ces quelques centièmes de millimètre supplémentaires génèrent un très léger dépassement du coussinet,
aussi bien au niveau du chapeau qu’au niveau de la bielle.
Lorsque la bielle et son chapeau sont assemblés et serrés au couple, les deux demi-coussinets
viennent se comprimer dans leur logement. C’est cet effort de serrage, appelé généralement
crush, qui assure la tenue du coussinet face aux efforts du moteur.

Pourquoi la métrologie des bielles est indispensable
Il est donc impératif de contrôler la métrologie des logements de bielles avant tout remontage.
Un logement trop petit peut entraîner une torsion du coussinet. Cela peut provoquer un contact métal contre métal,
une fatigue prématurée du coussinet, un mauvais film d’huile ou une usure anormale.
À l’inverse, un logement trop grand peut entraîner :
- une perte de maintien du coussinet ;
- un déplacement axial du coussinet ;
- un mauvais transfert de chaleur ;
- un échauffement du coussinet ;
- un risque de serrage ;
- dans les cas extrêmes, un coussinet qui tourne dans la bielle.
Un coussinet qui tourne dans une bielle ne tourne pas par hasard.
Il faut rechercher la cause réelle : métrologie, lubrification, jeu d’huile,
état du vilebrequin, état de la bielle ou qualité du montage.
Astuce pour vérifier la bonne tenue d’un coussinet
Voici une méthode simple permettant de vérifier la bonne réaction du coussinet dans son logement :
- Montez le jeu de coussinets dans la bielle.
- Serrez les vis de bielle au couple prescrit.
- Desserrez totalement l’une des deux vis de bielle.
- Le côté desserré doit normalement s’ouvrir sous la pression du coussinet qui se libère.
- Mesurez cet écart avec une cale d’épaisseur.
- La valeur attendue est d’environ 3/100 mm, selon l’application et le montage.

Puis-je remonter mes anciens coussinets ?
Il arrive que certains souhaitent remonter leurs anciens coussinets de bielle parce qu’ils paraissent
en bon état visuellement.
À l’œil nu, un coussinet peut effectivement sembler correct. Pourtant, il est très difficile de détecter
la présence de petites particules métalliques incrustées dans sa surface, ou un défaut superficiel
de seulement quelques microns.
Les coussinets ont une capacité d’incrustation : ils peuvent absorber de très fines particules métalliques
présentes dans l’huile, notamment celles qui n’ont pas été retenues par le filtre à huile.
En fonctionnement, la rotation de l’ensemble bielle / vilebrequin crée des zones de dépression qui attirent
l’huile et les micro-déchets. Ces particules peuvent mesurer seulement quelques microns.
Chaque type de coussinet possède donc une capacité plus ou moins importante à absorber ces particules.
Même si un jeu de coussinets ayant déjà fonctionné n’est pas forcément détruit, il est préférable de ne pas
prendre de risque lors d’une réfection moteur. Un coussinet déjà utilisé peut avoir été légèrement marqué,
chargé en particules, ou distordu lors de son précédent montage.
Il sera également très difficile de garantir qu’il sera remonté exactement dans les mêmes conditions,
au même emplacement, avec la même orientation et la même contrainte.
Un film d’huile se mesure en microns. À la vue des dégâts possibles sur un vilebrequin,
remonter des coussinets usagés est rarement un bon calcul.
Fabrication de coussinets sur mesure
Mespiecesauto peut faire fabriquer des coussinets bimétalliques de type
SAE 783 ou trimétalliques de type SAE 794.
Nous pouvons étudier la fabrication de coussinets en cote standard ou en cote réparation,
par exemple :
- standard ;
- +0,10 mm ;
- +0,20 mm ;
- +0,25 mm ;
- ou autres cotes spécifiques selon faisabilité.
Attention toutefois : l’industrie du coussinet est une industrie lourde.
Il n’est généralement pas possible de fabriquer un seul jeu sur mesure.
Une petite ou moyenne série est nécessaire pour lancer une fabrication réaliste.
La fabrication sur mesure devient intéressante lorsque les coussinets ne sont plus disponibles
sur le marché secondaire, ou lorsque la majorité des vilebrequins nécessitent des coussinets
en cote réparation.
Pour toute demande, vous pouvez nous contacter à l’adresse suivante :
contact@mespiecesauto.com
Mise à jour Mai 2026
