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Disque de frein R5 Turbo Cévennes : pourquoi des trous ?

Sur une auto rapide telle qu’une Renault 5 Turbo ou une Alpine A310, il est utile d’avoir du frein. En 2011, nous avons été consultés pour relancer la fabrication d’un disque devenu indisponible :

le fameux disque de frein R5 Turbo type Cévennes.

Retour sur cette refabrication, sur l’intérêt réel d’un disque percé, et sur les différentes versions que l’on peut trouver sur le marché. Lequel choisir ? Et surtout, qu’est-ce qui différencie un vrai disque technique d’un disque simplement percé pour l’apparence ?

La R5 Turbo dispose pourtant, d’origine, d’un freinage largement dimensionné : Quatre disques de frein identiques de 260 mm, pour un poids légèrement inférieur à la tonne. Sur le papier, difficile de faire beaucoup mieux.

Pourtant, les ingénieurs de la Régie Nationale des Usines Renault avaient développé un disque spécifique, appelé disque de frein Cévennes. L’idée paraît simple : partir d’un disque ventilé d’origine et le percer de nombreux trous. Mais comme souvent en mécanique, ce qui semble simple cache en réalité beaucoup de détails.

Disque performance type Renault Sport R5 Turbo

Des trous, des trous, toujours des petits trous

Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, un disque percé ne freine pas mieux simplement parce qu’il est percé. En réalité, c’est même presque l’inverse.

Un frein fonctionne par frottement entre la plaquette et la piste du disque. Si l’on perce le disque, on enlève de la matière. On réduit donc légèrement la surface disponible entre la plaquette et le disque.Théoriquement, le trou en lui-même n’augmente donc pas la puissance de freinage.

À la base, cela peut même sembler contreproductif.

Alors pourquoi percer un disque de frein ?

L’intérêt du disque percé est ailleurs : il permet surtout de conserver un freinage plus régulier lorsque les conditions deviennent difficiles.

Lors d’un freinage appuyé, la plaquette monte fortement en température. Sous l’effet de cette chaleur, certaines garnitures peuvent dégager des gaz, produire des poussières ou former une fine pellicule entre la plaquette et le disque.

Ce phénomène peut diminuer le contact réel entre les deux pièces. Le conducteur ressent alors un freinage moins mordant, moins constant, voire un début de fading.

Les trous servent alors de zones d’évacuation. Ils permettent aux gaz, aux poussières et aux résidus de friction de sortir au lieu de rester piégés entre la plaquette et le disque. Le contact reste plus propre, plus direct,
et le coefficient de frottement devient plus stable.

C’est aussi valable sous la pluie. Une fine pellicule d’eau peut se former sur la piste du disque. Sur un disque plein, la plaquette doit d’abord chasser cette eau avant de retrouver un contact efficace. Les perçages cassent ce film d’eau et permettent une attaque plus immédiate au premier freinage.

Les trous jouent également un rôle de nettoyage de la surface de plaquette. À chaque passage, les arêtes des perçages viennent légèrement “rafraîchir” la garniture. Cela limite le glaçage,évacue les poussières et renouvelle la surface active.

C’est souvent ce qui donne à un disque percé cette sensation de mordant plus franc,surtout à chaud ou en usage sportif.

Il ne faut donc pas comprendre le disque percé comme un disque qui freine mieux parce qu’il a moins de surface. C’est l’inverse : il perd un peu de surface de friction, mais il gagne en propreté de contact, en régularité et en stabilité du freinage.

Les trous ne sont pas placés au hasard

Sur le disque de frein R5 Turbo Cévennes, les perçages ne sont pas réalisés n’importe où dans la piste. Ils sont positionnés dans les ponts, c’est-à-dire dans les zones de liaison du disque.

Ce détail est essentiel. Un trou dans un disque de frein crée toujours une zone de concentration de contraintes. Lors des freinages répétés, le disque chauffe, se dilate, puis refroidit. Ces cycles thermiques provoquent des tensions dans la matière. Si les trous sont mal placés, trop proches du bord, trop gros ou mal finis, ils peuvent devenir des points de départ de fissures.

Le fait de percer dans les ponts permet de mieux maîtriser ces contraintes. La zone percée est liée à la structure interne du disque, ce qui limite les déformations locales et évite d’affaiblir inutilement la piste de freinage.

Ce n’est donc pas seulement une question de nombre de trous. C’est une question de positionnement, de diamètre, de répartition et de finition.

disque de frein r5 turbo percé dans les ponts
Extrait du PTH R5 Turbo : on distingue bien le disque Cévennes avec son perçage dans les ponts.

 

Un disque percé correctement conçu doit respecter plusieurs règles :

  • des trous bien répartis ;
  • un diamètre cohérent ;
  • un positionnement adapté à la structure du disque ;
  • des chanfreins propres ;
  • aucune arête vive ;
  • aucun perçage dans une zone fragile.

C’est toute la différence entre un disque simplement “percé” pour l’apparence et un disque réellement conçu pour un usage sportif.

Le vrai avantage du disque percé

Le disque percé n’est pas forcément plus puissant sur un seul freinage à froid. Son intérêt est surtout de garder un freinage plus constant lorsque la température monte, lorsque les plaquettes travaillent fort, ou lorsque les conditions sont humides.

En résumé, les perçages permettent de :

  • évacuer les gaz produits par la plaquette ;
  • évacuer l’eau en cas de pluie ;
  • évacuer les poussières de friction ;
  • limiter le glaçage des plaquettes ;
  • améliorer le mordant ;
  • stabiliser le freinage lors d’un usage soutenu.

Mais ce gain n’existe que si le disque est correctement conçu. Un mauvais perçage peut faire l’inverse : affaiblir le disque, favoriser les fissures et réduire sa durée de vie.

C’est pour cette raison que la géométrie du disque type Cévennes est intéressante. L’idée n’était pas de faire des trous pour faire joli, mais d’améliorer le comportement du freinage
tout en conservant une structure fiable.

Sur une R5 Turbo, déjà équipée de quatre disques ventilés de 260 mm pour un poids inférieur à la tonne, le but n’était pas de compenser un freinage insuffisant. Le but était d’obtenir un freinage plus endurant,
plus régulier et plus mordant en usage sportif.

Comment Mespiecesauto refabrique le disque R5 Turbo Cévennes ?

Refabriquer un disque ventilé ne consiste pas simplement à prendre un disque existant et à y faire des trous.

Pour fabriquer un disque ventilé, il faut d’abord un moule de fonderie spécifique. Et lorsqu’on parle de fonderie, on ne parle pas d’une fabrication artisanale à l’unité. Chez Mespiecesauto, ce type de fabrication se fait par séries de plusieurs centaines de disques.

C’est un process industriel lourd, avec des contraintes de matière, de moule, de refroidissement, de traitement thermique, d’usinage et de contrôle.

Le matériau utilisé doit être conforme et maîtrisé. C’est un point essentiel, car la qualité d’un disque ne se voit pas toujours à l’œil nu.

Deux disques peuvent avoir le même diamètre, le même nombre de trous et le même aspect extérieur, mais se comporter très différemment sur la voiture.

moule sable de disque de frein
Exemple de moule utilisé pour la fabrication d’un disque ventilé.

 

La fonderie n’est que le début

La partie fonderie est déjà complexe, mais elle n’est que la première étape.

Une fois le disque coulé, il ne suffit pas de l’usiner pour obtenir une bonne pièce. La fonte doit être stabilisée, car lors du refroidissement en fonderie, toutes les zones du disque ne refroidissent pas à la même vitesse.

Les pistes, le bol, les ponts et les ailettes internes ont des épaisseurs différentes. La matière se contracte donc différemment selon les zones. Cela crée des tensions internes invisibles.Ces tensions ne se voient pas au montage. Un disque peut paraître parfaitement correct, être bien usiné, bien présenté, et pourtant contenir des contraintes internes.

Le problème apparaît ensuite sur la voiture, lors des premiers gros freinages. Sous l’effet de la chaleur, la matière continue à travailler. Les contraintes se libèrent. Le disque peut alors se déformer, vibrer, créer des points chauds ou s’user de manière irrégulière.

Le traitement thermique : une étape invisible mais essentielle

Le traitement thermique sert à stabiliser la fonte après la coulée.

disque de frein dans un four electrique
Passage au four pour traitement thermique

Le disque est chauffé progressivement, maintenu à température pendant un certain temps, puis refroidi lentement et de manière contrôlée. Cette étape permet à la matière de se détendre
avant son utilisation sur la voiture.

L’objectif n’est pas simplement de rendre le disque plus dur. Un disque trop dur peut devenir bruyant, agressif pour les plaquettes ou plus sensible aux fissures. Un disque trop tendre, à l’inverse, s’usera très rapidement.

Le but est d’obtenir une fonte stable, homogène et adaptée au freinage.

Une fonte mal stabilisée peut entraîner :

  • du voilage ;
  • des vibrations au freinage ;
  • une usure irrégulière ;
  • des points chauds ;
  • des rayures profondes ;
  • une attaque excessive des plaquettes ;
  • l’apparition de fissures dans les zones contraintes.

Une usure anormalement rapide de la piste, parfois en seulement quelques milliers de kilomètres, peut être le signe d’une fonte trop tendre, d’un traitement thermique insuffisant ou d’une structure métallurgique mal maîtrisée.

La qualité d’un disque ne dépend donc pas seulement de sa forme ou de son usinage. La stabilité de la fonte est essentielle pour garantir une usure régulière, un freinage constant et une bonne durée de vie.

Usinage, perçage, chanfreinage et équilibrage

Après la fonderie et le traitement thermique viennent les opérations de finition.

usinage d'un disque de frein
Usinage d’un disque

Le disque est usiné pour obtenir les bonnes cotes, la bonne épaisseur et une piste de freinage régulière. Vient ensuite le perçage spécifique du disque R5 Turbo type Cévennes. 156 trous à réaliser et 312 chanfreins.Cette opération doit être réalisée avec précision, car chaque trou devient une zone sensible si l’usinage est mal fait.

Le chanfreinage des trous est également indispensable. Une arête vive autour d’un perçage peut favoriser l’apparition de fissures. Le chanfrein permet de casser cette arête et de mieux répartir les contraintes.

Enfin, le disque est équilibré. C’est une étape parfois oubliée, mais importante sur une pièce en rotation. Un disque mal équilibré peut générer des vibrations, surtout à vitesse élevée.

La fabrication d’un disque Cévennes ne se résume donc pas au perçage. C’est l’ensemble du process qui compte :
fonderie, matière, traitement thermique, usinage, perçage, chanfreinage et équilibrage.

Une reproduction d’aspect ou une vraie refabrication technique ?

Un disque de frein ne se juge pas uniquement à son aspect extérieur. Deux disques peuvent se ressembler parfaitement, mais avoir une durée de vie et un comportement très différents selon la qualité de la fonte, du traitement thermique et des opérations de finition.

C’est toute la difficulté de la refabrication : il ne suffit pas de copier une forme. Il faut comprendre la fonction de la pièce, ses contraintes, son usage et la logique de conception d’origine.

Le disque de frein R5 Turbo Cévennes en est un bon exemple. Vu de l’extérieur, ce sont “juste” des trous dans un disque. En réalité, derrière ces trous, il y a une géométrie, une matière, un traitement thermique,
un usinage et une vraie logique technique.

Les autres disques disponibles sur le marché

Au fil des années, d’autres disques pour Renault 5 Turbo sont apparus sur le marché. Ils sont généralement un peu moins chers, avec un nombre de perçages beaucoup plus faible, souvent autour de 16 à 20 trous, parfois accompagnés de rainurages.

À première vue, l’écart de prix peut sembler intéressant. Mais il faut regarder au-delà de l’aspect extérieur. Ces disques ne reprennent pas la géométrie du disque type Cévennes développé à l’époque par Renault Sport, notamment sur un point important : le positionnement des perçages. Sur le disque type Cévennes, les trous sont positionnés dans les ponts du disque, c’est-à-dire dans les zones de liaison. Sur certaines reproductions du marché, les perçages sont placés entre les ponts. Ce choix peut augmenter les contraintes locales et rendre le disque plus sensible aux fissurations, surtout en usage soutenu ou avec de fortes variations de température.

L’autre point qui nous a alertés concerne l’usure. Plusieurs clients sont revenus vers nous après avoir monté ce type de disque, avec des retours d’usure très rapide, parfois en moins de 1 000 à 2 000 km,
même avec des plaquettes qui ne sont pas particulièrement agressives. Une telle usure n’est pas normale sur un disque de frein. Elle peut révéler une fonte trop tendre, une structure métallurgique inadaptée, un traitement thermique insuffisant ou une stabilisation de la matière mal maîtrisée.

Bien entendu, ces disques peuvent être légèrement moins chers à l’achat, de l’ordre de 50 à 60 € la paire selon les cas. Mais la vraie question est celle du coût réel à l’usage. Si le disque s’use très rapidement, vibre, se marque ou doit être remplacé prématurément, l’économie initiale devient beaucoup moins intéressante.

La différence ne se joue donc pas uniquement sur le prix ou sur l’apparence. Elle se joue sur la conception, le nombre de perçages, leur positionnement, la qualité de la fonte, le traitement thermique, le chanfreinage et l’équilibrage. Un disque de frein est une pièce de sécurité. Sur une auto comme la R5 Turbo, il ne s’agit pas simplement de monter une pièce qui ressemble à l’origine, mais une pièce dont la fabrication respecte la logique technique du montage d’époque.

disque frein racing
Illustration par IA d’un disque ayant ces problèmes

Montage des disques R5 Turbo Cévennes : quelles plaquettes utiliser ?

Le gros avantage du disque de frein R5 Turbo type Cévennes est qu’il se monte en lieu et place du disque d’origine, directement sur le moyeu d’origine.

Il n’y a aucune modification à prévoir : pas d’adaptation du moyeu, pas de modification de l’étrier, pas de transformation du montage. C’est un montage plug and play.

Concernant les plaquettes, pour obtenir un freinage avec beaucoup de mordant et une bonne constance en usage sportif, nous recommandons l’utilisation de plaquettes Carbone Lorraine.
Elles sont disponibles chez la plupart des revendeurs spécialisés ou généralistes.

Contrairement à ce que l’on entend parfois, ce type de plaquette n’entraîne pas forcément une usure anormale des disques, à condition que la qualité du disque soit adaptée.

C’est d’ailleurs la configuration utilisée depuis plusieurs années par Benjamin, fondateur de Mespiecesauto, sur sa propre R5 Turbo : disques R5 Turbo type Cévennes Mespiecesauto avec plaquettes Carbone Lorraine.

Avec notre retour d’expérience, cette association offre un très bon compromis entre mordant, endurance et régularité du freinage, sans usure prématurée constatée sur nos disques.

Conclusion : un disque percé, oui, mais pas n’importe comment

Le disque de frein R5 Turbo type Cévennes est un bon exemple de pièce qui paraît simple au premier regard, mais qui cache en réalité une vraie logique technique.

Ce ne sont pas seulement des trous ajoutés dans un disque d’origine. Leur nombre, leur positionnement dans les ponts, leur chanfreinage, la qualité de la fonte, le traitement thermique et l’équilibrage jouent tous un rôle dans le comportement final du disque. Sur une voiture comme la R5 Turbo, déjà très bien dotée en freinage d’origine, l’intérêt du disque Cévennes n’est pas de corriger un défaut, mais d’apporter un freinage plus mordant, plus constant et mieux adapté à un usage sportif.

Notre expérience de refabrication depuis 2011 nous a montré qu’un disque de frein ne doit jamais être choisi uniquement sur son apparence ou sur son prix. Deux disques peuvent se ressembler, mais avoir une durée de vie, une stabilité et un comportement très différents.

C’est précisément cette différence qui résume notre approche chez Mespiecesauto :
ne pas simplement reproduire une pièce, mais comprendre sa fonction, son cahier des charges et les contraintes pour lesquelles elle a été conçue.

Découvrir nos disques de frein R5 Turbo type Cévennes

Refabriqués selon la logique du montage d’origine, avec perçage spécifique dans les ponts,
traitement thermique, usinage, chanfreinage et équilibrage.

Une solution plug and play pour R5 Turbo, pensée pour offrir un freinage plus mordant,
plus constant et adapté à un usage sportif.


Voir les disques R5 Turbo Cévennes

Benjamin Mespiecesauto

Article rédigé par Benjamin
Ingénieur et fondateur de Mespiecesauto
Spécialiste en rétro-ingénierie, développeur de pièces pour R5 Turbo depuis 2007